Le peuple Innu

Rita Metsokosho est née à Ekuanitshit  qui veut dire: "Prends soin du lieu où tu es".  Voici un texte qu’elle a prononcé lors de la réunion des chefs innu à Betsiamites en novembre 2000

Le peuple innu n’a pas signé de traité car la paix est sa liberté.  Et dans sa descente de la rivière qui le mène vers la vérité, il retrouve toujours son chemin.  Car la terre est sa mère.  Il s’est caché pour rester lui-même loin de la misère blanche.

La seule « approche commune » que les innus peuvent espérer des gouvernements.  C’est le bleu pour l’extinction, le rouge pour le traité.  Qui peut nous forcer à signer.  Moi je ne signe qu’à la condition que le bleu m’accorde le seul privilège d’être souverain chez moi sans faire couler d’encre.  Ma vie dépend de la rivière, et mon bien-être ne se calcule pas.  Je vois aussi loin que l’oiseau dans la nuit.  Je plonge aussi profond que la reine des mers.

Messieurs les Ministres, la gloire n’est pas de ce monde.  L’homme est fait pour gouverner sur son propre navire qui est sa propre vie.  Monsieur le premier ministre, encore enfant, mon grand-père hissait le drapeau britannique .  Aujourd’hui je saisis l’essence de son geste.  Je demeure un enfant de la reine malgré tout. 

La terre de mes ancêtres est remplie d’histoires encore inconnues du peuple qui l’a conquis.  Mais il n’a point conquis mon cœur, il n’a fait qu’effleurer mon esprit de sa douce magie qu’est l’argent.  Entre mes doigts qui ont goûté et touché à la liberté, le billet aller-retour s’éparpille comme la fumée de vos vies.  Je suis un enfant de la terre et je connais le mystère de la vie.  Tu touches encore une rivière et tu viens d’inonder la dernière clairière où chaque arbre abrite le vent de l’espoir.  Il faut prendre la parole pour le petit peuple. 

Moi je viens de suivre avec modestie le sentier pavé d’incertitude.  Là où la seule main de l’homme est dicté par une institution, un système sournois.  Je suis une femme innu qui est née dans un petit coin de terre qu’on appelle réserve.  J’ai fouillé chaque coin de terre pour entendre le cœur de notre mère la Terre.

Vers le nord, je vois un grand désert blanc et un brouillard de misère.

Vers le sud, je sens l’odeur de la liberté et une brise d’ESPOIR.

Vers l’ouest, j’entends le tonnerre rouge et le tambour de la jeunesse.

Chez moi, c’est le chant de ma mère qui berce l’enfant.  Le chant de la pluie est la seule musique qui l’accompagne.

Messieurs les Ministres;  Guettez vers le sud, la tornade soulève le dernier souffle.  Oui je vois mon grand-père, il hisse le drapeau, la promesse qui s’envole, une parole légère.  À travers tout cela, j’entends le battement de la terre.  Et à travers son tambour, un rêve de liberté, le lourd pas de la survie.  Il y a le sentier profond du petit peuple innu (montagnais).  Mes enfants sont tes propres enfants.  Ils sont le sang qui coule dans tes veines.  Ils font battre ton cœur. 

La vie est un long portage; une lumière dans la nuit;  une musique dans le silence et une caresse dans le vent.  Partage cette journée comme si c’était la dernière.  Le seul langage que je connaisse, c’est l’amour pour la vie, le respect pour la terre.

 

Je veux trois sœurs;  l’eau, la terre, l’air.  Si tu vends l’âme de la terre, tu ne possèdes pas la liberté qui nourrit ton esprit.  Tu tournes en rond sur ta propre vie, et tu cherches la clé qui va t’ouvrir la porte de l’espoir.

 

L’innu a quitté l’âme de la terre par amour pour ses enfants.  Mais pour l’amour de ses enfants, il doit devenir fort et rester libre de ses pensées.  Sa parole doit guider le pas de sa destinée puisque sa route demeure la rivière.  Les innus sont les derniers, ils sont restés sauvages pour sauver la terre-mère.  Moi j’écris pour éclairer ta maison qui vit en-dedans.

 

La vie a peut-être changé mais la pensée demeure intacte.  Même si je suis jeune, j’ai la conviction que la terre est ma mère et que l’innu en est le gardien.  Je me suis engagée sur la voie politique en sachant qu’elle est ardue car il n’y a pas de consensus au départ.

Il y a 20 ans, la parole était de protéger le territoire.  Aujourd’hui il y a de la coupe blanche, nos gens veulent travailler, les blancs veulent travailler, c’est ce qu’ils appellent l’économie.  Mais il faut penser pour les générations futures, leur donner un enseignement traditionnel basé sur notre langue qui est l’ innu aiamun,  notre culture et tout ce qui fait notre identité proprement rattaché à la Terre-mère.

Dans la paix de l’esprit et longue vie à la Terre!

© Rita Mestokosho

Gardienne de la Terre, Poétesse innu